Recordar 13 de Novembro e o atentado em Paris

Ils sont la mémoire du 13 novembre

A travers la parole de 360 témoins des attentats du 13 novembre 2015, l’historien Denis Peschanki et son équipe retracent le fil des ces événements hors normes, qui ont une place à part dans la mémoire collective.

Par Elodie Becu. Le Bien Public, 13 de Novembro de 2020

Denis Peschanski, historien, et Laura Nattiez, sociologue, viennent de publier avec Cécile Hochard 13 novembre, des témoignages, un récit (Odile Jacob), à partir de 360 témoignages de victimes ou d’acteurs en première ligne au moment des attentats contre le Bataclan, les terrasses et le stade de France. Ces paroles ont été recueillies dans le cadre du programme de recherche scientifique sur la mémoire du 13 novembre 2015.

Quelle est la place du 13 novembre 2015 dans la mémoire collective aujourd’hui ?

Denis Peschanski : Dans les enquêtes que nous avons menées avec le Crédoc en 2016 et 2018, nous observons une double condensation mémorielle. Le 13 novembre est devenu la référence première aux attentats terroristes depuis 2000. Les attentats de janvier 2015 sont moins présents dans l’esprit des Français (hors contexte actuel bien sûr), et Nice, qui a aussi été un massacre terrible, ne s’impose pas autant dans la mémoire collective.

La deuxième condensation mémorielle concerne le lieu des attentats : dans l’esprit des Français, il s’est réduit au Bataclan voire à Paris, de manière encore plus floue.

Pourquoi ces attentats émergent-ils davantage ?

Denis Peschanski : En janvier 2015, après Charlie Hebdo et l’Hypercacher, la France s’était mobilisée comme jamais dans son histoire pour répondre aux attaques, en faisant des manifestations d’une ampleur inédite. Elle se rassemblait, autour de ses valeurs, pour défendre l’autre – le journaliste, le juif, le policier. En novembre 2015, du stade de France au Bataclan en passant par les terrasses, tout le monde s’est senti visé. Nous sommes tous, indirectement, devenus des cibles.

Pourquoi avez-vous reconstitué dans un livre le récit des attentats à partir des témoignages recueillis dans le programme de recherches sur la mémoire du 13 novembre ?

Denis Peschanski : Notre travail fournit un patrimoine de la mémoire du 13 novembre. Pour la première phase, réalisée en 2016, nous avons réalisé 1431 heures d’entretiens audiovisuels filmés avec des victimes, des policiers, des soignants, des proches, sources de ce livre, mais aussi de témoins très indirects, dans la métropole parisienne ou dans trois villes de province.

Cette masse de témoignages nous permet de résoudre le rapport à la vérité des sources orales. Un témoin livre toujours un récit de son point de vue, avec ses oublis, ses émotions, ses ressentis. Croiser tous ces témoignages et les recouper avec des sources écrites, nous permet de passer de la vérité du témoin à la vérité de l’événement.

Laura Nattiez : En recueillant la parole des personnes confrontées aux attentats, nous nous sommes aperçu qu’il y avait beaucoup de choses que l’on ignorait, qui étaient incertaines au moment des faits, et beaucoup de voix que l’on entendait pas ou peu. Il nous a donc semblé très important de construire un récit précis, documenté et polyphonique, à partir des 360 témoignages.

Par ailleurs, il y a beaucoup de récits complotistes dans notre société. Prendre le temps d’un travail scientifique et méticuleux, à partir de la parole des personnes impliquées de près ou de loin, dans l’évènement, permet de retracer les attentats tels qu’ils se sont produits. Et d’apaiser les récits.

Quelle parole n’était pas entendue ?

Laura Nattiez : Dans la mémoire collective, on a gommé le stade de France et les terrasses. Ce récit est un moyen de les remettre au premier plan.

Par ailleurs, la parole des proches n’a pas été beaucoup entendue. Ils sont pourtant un regard essentiel de cet événement. Etre chez soi, attendre des nouvelles d’un ami, d’un conjoint, d’un enfant rend ces personnes actrices à part entière de cet événement.

Denis Peschanski : la question des parents endeuillés est cruciale. Ils subissent cet événement au plus profond d’eux-mêmes, mais ne se sentent pas légitimes dans leur réaction. Ils ont une fracture au milieu du cœur, qui ne va pas se résorber.

Dans la mémoire collective du 13 novembre, on se souvient des victimes et pas beaucoup de acteurs qui sont intervenus pour arrêter la tuerie. Comment se construit le souvenir de l’évènement ?

Denis Peschanski : La mémoire évolue avec l’histoire. Il existe des régimes mémoriels, des configurations de la mémoire collective qui bougent avec le temps. Par exemple, dans les années 1960, la mémoire de la Deuxième Guerre mondiale se structurait autour de la figure du héros résistant. Depuis le milieu des années 1980 et jusqu’au début des années 2000, c’est la victime, et plus singulièrement la victime juive qui a pris le relais.

Dans la mémoire du 13 novembre, la figure structurante n’est pas le héros policier, le héros soignant ou le voisin aidant mais la figure de la victime, et encore plus la figure de la victime du Bataclan. Dans cinq ou dix ans, d’autres figures émergeront peut être. Par exemple les deux policiers de la BAC qui sont intervenus 12 minutes après le début du massacre, pour liquider, à 25 mètres, au Glock, le terroriste qui était en train de continuer son massacre et avait une victime en joue depuis la scène.

Nous sommes d’ailleurs en train de changer de régime mémoriel. Ainsi, dans l’assassinat de Samuel Paty par un islamiste, le professeur n’est pas présenté en victime, mais en héros. La figure qui se construit est celle du professeur qui enseigne la laïcité, les valeurs de la République et va en mourir, au combat, dans sa tâche fondamentale de hussard noir de la République.

Qu’est-ce que cela dit de notre société ?

Les choses bougent dans la mise en valeur des victimes d’attentats, depuis l’assassinat d’Arnaud Beltrame. Dans son hommage aux Invalides, Emmanuel Macron fait référence à la Résistance pour saluer son sacrifice. Et il dit « je ne veux pas qu’on se souvienne du nom du terroriste mais du héros ».  Emmanuel Macron, dans la lignée de la politique volontariste qui est la sienne, fait réémerger la figure du héros. Il prend ainsi le contre-pied de ce qui s’était passé après l’attentat commis par Mohammed Merah contre Jonathan Sandler, ses deux enfants, Gabriel et Aryeh  et la petite Myriam Monsonégo à Toulouse, où l’on se souvient du nom du terroriste mais pas de ceux des victimes.

Comment transmettre cette mémoire ?

Depuis septembre 2019, la question terroriste figure au programme de Terminales. Mais les enseignants ne sont pas assez formés sur ces questions. Il faudrait intervenir dans les classes pour partager les témoignages – de victimes, de policiers, de soignants … – en binôme avec des chercheurs sur le modèle de ce que l’on a fait sur la mémoire de la Shoah.

Deixe um comentário

Preencha os seus dados abaixo ou clique em um ícone para log in:

Logotipo do WordPress.com

Você está comentando utilizando sua conta WordPress.com. Sair /  Alterar )

Foto do Google

Você está comentando utilizando sua conta Google. Sair /  Alterar )

Imagem do Twitter

Você está comentando utilizando sua conta Twitter. Sair /  Alterar )

Foto do Facebook

Você está comentando utilizando sua conta Facebook. Sair /  Alterar )

Conectando a %s